ÉNERGIE Un groupe d'experts propose sept lignes directrices et notamment trois variantes pour les concessions futures.

GILLES BERREAU

Une vision, sept lignes directrices, trois modèles pour les retours de concessions. Voici résumé le rapport de plus de cent pages rendu public hier par le groupe d'experts présidé par le conseiller d'Etat Jean-Michel Cina et chargé en mars 2010 par le Conseil d'Etat valaisan d'élaborer une stratégie cantonale en matière de forces hydrauliques. Le gouvernement a pris connaissance hier de ces recommandations. Il dit soutenir la nécessité d'une discussion large et s'engage à analyser au plus fin les propositions et directions qui en émaneront. Des centaines de millions par an sont en jeu.

Afin de pouvoir exploiter les potentiels économiques et relever les défis en matière de politique énergétique et économique, notamment en vue des futurs retours, le groupe de travail a défini une vision, s'articulant autour de quatre points forts.

Passer de 20 à 60%

Primo: l'énergie hydraulique valaisanne sert à la sécurité d'approvisionnement du Valais et de la Suisse. Secundo: le potentiel de production et de valeur ajoutée de l'énergie hydraulique non polluante doit être exploité de manière optimale. Tertio: la majorité des revenus de la production hydraulique indigène doit rester en Valais.

Le rapport recommande que la part de la production d'électricité valaisanne en main des collectivités publiques passe des maigres 21% actuels à au moins 60%. Et enfin: que la communauté valaisanne se répartisse et utilise les revenus de manière responsable.

Pour parvenir à ces objectifs clairs, des stratégies doivent être mises en place. Elles ont été identifiées sous forme de sept lignes directrices.

Les trois variantes

La ligne avec le plus grand impact sur l'économie valaisanne concerne les retours de concessions. Et les experts de préconiser la discussion autour de trois variantes. La première propose la participation des communes et du canton aux aménagements hydroélectriques. «Selon les cas, les concédants donnent la possibilité à un prix préférentiel au canton et à toutes les autres communes valaisannes de participer aux aménagements hydroélectriques après les retours de concessions.»

Deuxième solution proposée: une société hydroélectrique commune, à 100% en mains valaisannes. Après les retours, tous les aménagements hydroélectriques sont regroupés dans une société, propriété de la communauté valaisanne (ndlr: canton, communes et régions).

La troisième variante: une société de participation, le canton et toutes les communes valaisannes s'octroyant les 60%, les communes concédantes le solde. Le groupe de travail recommande au Conseil d'Etat valaisan de mettre ces trois variantes en discussion publique et de rendre une décision d'ici à 2013 au plus tard. Jusqu'à cette date, le rapport propose de suspendre les homologations de concessions pour les aménagements existants.

Quant à la question des énergies renouvelables, elle fera l'objet d'un second rapport, traitant de la politique énergétique en général, dont les conclusions sont attendues pour la fin de l'année.

Le rapport sur internet

La mise en place d'un programme de politique énergétique cantonale est l'un des dix projets gouvernementaux prioritaires. Le rapport rendu public hier a déjà été communiqué à la commission Economie et Energie du Grand Conseil. Il est disponible pour le public sur le site internet www.vs.ch/energie. «L'objectif de cette démarche est de fournir l'occasion à toutes les personnes intéressées d'émettre toute question, remarque ou prise de position», indique le gouvernement.

Quant au groupe d'étude, il était composé, outre son président Jean-Michel Cina, de Chantal Balet, Simon Epiney, Rolf Escher, Marc-Henri Favre, Damien Métrailler, Jean Pralong, Gilbert Truffer et le Dr Karl Werlen.

Quel rôle pour les FMV?

Selon les experts, il faudra veiller, après les grands retours de concessions, à ce que les revenus soient répartis parmi la communauté valaisanne de manière plus équilibrée que le statu quo ne le prévoit. Les experts prônent aussi un allongement optimal de la chaîne de valeur ajoutée. Plusieurs variantes sont proposées, notamment avec les Forces motrices valaisannes (FMV) en tant que plateforme pour une société intégrée. «Il s'agit en particulier d'accorder à l'entreprise les libertés entrepreneuriales indispensables pour reprendre les paquets énergétiques, propriété de la communauté valaisanne, et pour regrouper le savoir-faire correspondant en Valais. Cela doit permettre une expansion des activités commerciales vers le négoce d'électricité et vers la création d'activités extracantonales.»

Selon le rapport, il convient de profiter d'opportunités comme par exemple l'achat supplémentaire de sociétés ou l'engagement dans des partenariats visant à renforcer la plateforme valaisanne.

En complément ou comme alternative aux FMV, une société hydroélectrique de même type peut également servir de plateforme pour une société intégrée dans l'optique de la promotion de la concurrence. Cette société doit aussi avoir son siège et ses principales activités commerciales en Valais. GB

Ce que recommandent les experts

Dans le cadre des autres lignes directrices, le groupe de travail Forces hydrauliques a fait plusieurs recommandations à l'adresse du Conseil d'Etat valaisan hier à Sion.

Primo, le rapport propose de prendre les mesures nécessaires, afin que les potentiels d'énergie hydraulique puissent être identifiés et exploités par la branche de l'électricité. «Avec les sociétés hydroélectriques et d'autres partenaires potentiels (sociétés suprarégionales, associations, etc.), le canton devra analyser le potentiel technique et économique quant à l'extension, la construction et l'optimisation de l'ensemble des centrales ou potentiels de centrales en Valais.»

Deuxième recommandation: améliorer la connexion au réseau électrique international. Le Valais affiche aujourd'hui déjà des déficits de capacités pour le transport hors du canton du courant produit. A ce jour, le Valais n'est relié au reste de la Suisse que par une seule ligne à très haute tension. «Notamment en cas de forte demande, l'important potentiel de régulation à forte valeur ajoutée des centrales valaisannes ne peut être exploité que partiellement.» Autrement dit, les centrales valaisannes ne peuvent pas mettre à disposition la totalité de la puissance installée afin de sécuriser l'approvisionnement national et international.

«La production d'électricité ne peut pas être vendue aux prix optimaux du marché parce que, en cas de forte demande, on ne peut pas transporter toute l'énergie produite hors du canton ni acheter l'énergie de pompage et que les grandes installations doivent réduire leur production.» Et le rapport de rappeler que le projet d'extension de la ligne actuelle 220 kV entre Chamoson etChippis (-Mörel) par une ligne 380 kV permettra de remédier à cette situation.

Troisième suggestion et non la moindre: s'engager pour que la communauté valaisanne obtienne une plus grande part de la rente de ressource déjà avant les grands retours. «L'imposition des sociétés partenaires en fonction des prix du marché doit être mise en œuvre dès que possible et la flexibilisation des redevances hydrauliques à partir de 2020 doit faire l'objet d'une étude.» GB

L'AVIS DE JEAN-MICHEL CINA CONSEILLER D'ETAT

Pour le président du groupe de travail, «avec les futurs retours de concessions des grandes centrales hydroélectriques, l'économie valaisanne a la possibilité, par rapport à aujourd'hui, d'augmenter de manière significative la sécurité d'approvisionnement et les recettes publiques provenant de l'énergie hydraulique.» Jean-Michel Cina ajoute: «Comme on peut s'attendre à ce que l'«eau», matière première, génère des revenus publics considérables (rente de ressource), le premier défi à relever est d'utiliser ces revenus de manière responsable en faveur de la communauté valaisanne et en tenant compte des droits d'eau.»

Un second défi, selon le conseiller d'Etat, est l'exploitation et la rénovation des centrales hydroélectriques après les retours de concessions. «On doit se demander dans quelle mesure et avec quel rôle les entreprises de production d'électricité gérées selon des critères d'économie privée doivent intervenir pour optimiser l'exploitation des potentiels de production énergétique et de valeur ajoutée. Ces deux défis ne peuvent être relevés avec succès que si tous les acteurs du canton collaborent de manière constructive.» GB

25. Feb 2015